Niger : La mutinerie au sein de l’armée pourrait laisser des séquelles

Après la mutinerie déjouée samedi 29 août à Niamey, le calme est progressivement revenu dans la capitale nigérienne. Mais les affrontements entre des militaires rebelles, principalement issus des forces spéciales, et la garde présidentielle pourraient laisser des traces durables au sein de l’armée, notamment en raison des tensions et des éventuelles sanctions qui pourraient suivre.

Les jeunes officiers à l’origine de la mutinerie appartiennent aux forces spéciales, des unités d’élite particulièrement engagées dans la lutte contre les groupes jihadistes. Ils avaient tenté de s’emparer de plusieurs sites stratégiques avant de se retrancher dans une base militaire proche de l’aéroport de Niamey.

La garde présidentielle est restée fidèle au chef de la junte, Abdourahamane Tiani, mais son intervention aurait été insuffisante pour reprendre seule le contrôle de la situation. Les forces russes d’Africa Corps sont intervenues aux côtés des loyalistes et auraient joué un rôle déterminant dans l’échec de la mutinerie.

L’absence de la force conjointe de l’Alliance des États du Sahel (AES), composée de militaires d’élite du Niger, du Mali et du Burkina Faso, a également été remarquée. Cette force, annoncée comme une unité destinée à lutter contre le terrorisme et à porter assistance à l’un des trois pays membres en cas d’attaque, n’a pas été engagée durant les affrontements.

Pour le politologue béninois Mathias Hounkpé, ces événements risquent de provoquer une véritable fracture au sein des forces armées nigériennes. Une tentative de rébellion est généralement suivie de sanctions ou de purges, estime-t-il, et la manière dont les autorités géreront ces mesures pourrait accentuer les tensions.

Selon lui, la crise pourrait également affecter la capacité opérationnelle de l’armée. Des divisions entre différents corps ou unités pourraient compliquer la coordination des opérations militaires, alors même que les forces nigériennes restent confrontées à une forte pression jihadiste.

Le politologue appelle donc les autorités à s’attaquer aux causes profondes de la mutinerie et aux difficultés auxquelles sont confrontés les militaires. Pour lui, une réponse uniquement disciplinaire risquerait de ne pas régler les problèmes à l’origine de la révolte.

Autre élément remarqué depuis les événements : l’absence publique du général Abdourahamane Tiani. Vingt-quatre heures après la mutinerie, le chef de la junte n’était toujours pas apparu sur le terrain. Lors de l’attaque jihadiste contre l’aéroport de Niamey en juin dernier, il s’était pourtant rendu rapidement dans la zone concernée.

En son absence, la télévision nationale a notamment diffusé dimanche un reportage consacré au rapprochement récent entre le Niger et l’Algérie. Alger, qui s’est rapproché de Niamey après plusieurs mois de tensions, a récemment livré du matériel militaire au Niger et organisé un passage symbolique de ses avions de chasse dans le ciel de la capitale.

Pour l’heure, les autorités nigériennes n’ont toujours pas communiqué le bilan officiel des affrontements entre les mutins et les forces loyalistes soutenues par Africa Corps. Alors que la situation sécuritaire semble stabilisée, la gestion des militaires arrêtés et la recherche des causes profondes de la rébellion seront déterminantes pour éviter que cette crise ne laisse des divisions durables au sein de l’armée.

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