Zimbabwe : Mnangagwa prolongé au pouvoir jusqu’en 2030

Le Zimbabwe franchit un tournant politique majeur. Le Sénat a adopté, mercredi 24 juin, une réforme constitutionnelle qui prolonge de deux ans le mandat du président Emmerson Mnangagwa, désormais maintenu au pouvoir jusqu’en 2030.

Après son adoption à l’Assemblée nationale, le texte a été largement validé par la chambre haute. Selon Mabel Chinamona, 75 sénateurs ont voté en faveur de la réforme contre seulement quatre oppositions. Le texte doit désormais être promulgué par le chef de l’État pour entrer officiellement en vigueur.

Première conséquence directe : le mandat du président Mnangagwa est prolongé de deux années supplémentaires. Âgé de 83 ans, il dirige le Zimbabwe depuis novembre 2017, après la chute de Robert Mugabe à la suite d’une intervention militaire ayant rebattu les cartes du pouvoir.

Les autorités présentent cette réforme comme une mesure visant à garantir la stabilité institutionnelle du pays. Mais au-delà de la simple prolongation du mandat présidentiel, le texte introduit des changements majeurs dans l’architecture politique du pays.

La mesure la plus controversée concerne la suppression de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, en vigueur depuis 1987. Si la réforme entre pleinement en application, le futur président ne sera plus élu directement par les citoyens, mais désigné par les parlementaires.

Le mandat des députés devrait également être prolongé de deux ans, renforçant davantage le rôle du Parlement dans le fonctionnement des institutions nationales.

Cette révision suscite de vives critiques au sein de l’opposition, qui y voit un recul démocratique majeur. Plusieurs figures politiques dénoncent une tentative du pouvoir de renforcer son contrôle sur les institutions et de réduire l’expression du suffrage populaire.

Des responsables de l’opposition qualifient déjà cette réforme de « coup d’État constitutionnel ». Ils accusent également le pouvoir d’avoir exercé des pressions sur ses adversaires pendant tout le processus législatif.

L’arrestation en mars dernier de Tendai Biti, figure majeure de l’opposition, est notamment citée comme un exemple du climat politique tendu qui entoure cette réforme.

Avec cette refonte constitutionnelle, le Zimbabwe ouvre une nouvelle séquence politique marquée par de fortes tensions entre stabilité institutionnelle revendiquée par le pouvoir et préoccupations démocratiques soulevées par l’opposition.

Leave A Comment