Sénégal : Ousmane Sonko menace de renverser le gouvernement « autant de fois que nécessaire »

La crise politique entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son ancien allié Ousmane Sonko franchit un nouveau cap. Lors d’un rassemblement organisé dimanche à Touba, le président de l’Assemblée nationale a vivement critiqué le chef de l’État et menacé d’utiliser sa majorité parlementaire pour renverser le gouvernement à travers des motions de censure.

À l’occasion de l’inauguration du siège du parti Pastef dans la ville sainte, Ousmane Sonko a accusé le pouvoir exécutif de s’éloigner des engagements pris devant les Sénégalais, notamment en matière de souveraineté économique et de gestion des ressources naturelles. L’ancien Premier ministre reproche au président Bassirou Diomaye Faye et à son successeur à la tête du gouvernement, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, d’avoir renoncé à la renégociation de plusieurs contrats stratégiques conclus avec des multinationales, en particulier dans le secteur du phosphate.

Alors qu’il avait jusque-là affirmé ne pas vouloir entraver l’action du gouvernement, Ousmane Sonko a adopté un ton beaucoup plus offensif. Il s’est déclaré prêt à faire tomber l’exécutif « autant de fois qu’il sera nécessaire », estimant que la majorité dont dispose le Pastef à l’Assemblée nationale lui en donne les moyens. Devant ses partisans, il a également accusé le président de privilégier ses ambitions politiques au détriment des préoccupations des citoyens. Évoquant la situation économique du pays, la dette publique, l’absence de programme avec le Fonds monétaire international (FMI) et les difficultés liées à l’hivernage, il a affirmé que les priorités des Sénégalais étaient reléguées au second plan.

« Il faut que les Sénégalais sachent qu’ils ne sont nullement la préoccupation de Bassirou Diomaye Faye », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que l’Assemblée nationale constitue un levier permettant à son camp de s’opposer aux choix de l’exécutif. Par ces déclarations, Ousmane Sonko confirme son retour au premier plan de l’opposition, quelques semaines après son éviction du poste de Premier ministre. Il accuse désormais le chef de l’État de s’éloigner du projet souverainiste qui avait porté leur coalition au pouvoir. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a rapidement réagi sur les réseaux sociaux, estimant que « chercher à faire du patriotisme le monopole d’un seul camp revient, précisément, à le trahir ».

Cette nouvelle confrontation intervient dans un contexte politique déjà tendu. Le 9 juillet, le Conseil constitutionnel avait invalidé une réforme institutionnelle adoptée par l’Assemblée nationale, ravivant les désaccords entre les deux principales figures de l’exécutif. Limogé de la Primature le 22 mai, Ousmane Sonko avait retrouvé une position de premier plan en étant élu, quatre jours plus tard, président de l’Assemblée nationale, où son parti conserve une confortable majorité.

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