RDC : L’annonce du dialogue national provoque déjà de vives tensions politiques
- redacteur3.0
- août 29, 2026
- Actualités
- 0 Comments
En République démocratique du Congo, l’annonce d’un dialogue national par le président Félix Tshisekedi suscite déjà de nombreuses réactions au sein de la classe politique. Alors que la Coalition Article 64 (C64) rejette les consultations lancées par le chef de l’État, la majorité présidentielle défend la démarche. Les États-Unis appellent, de leur côté, à la mise en place d’un processus inclusif et constructif.
La Coalition Article 64 a officiellement rejeté les consultations annoncées par Félix Tshisekedi, les jugeant éloignées du dialogue national inclusif réclamé par une partie de l’opposition. Dans un communiqué, la coalition a opposé un « non catégorique » à l’initiative présidentielle et maintenu son appel à une marche prévue le 15 septembre.
La C64 accuse par ailleurs le chef de l’État de vouloir utiliser ce processus pour préparer une modification de la Constitution et briguer un troisième mandat. Elle réclame plutôt un cadre de discussions négocié entre les différentes parties, avec des garanties permettant d’assurer l’équilibre du processus.
Le parti Ensemble pour la République, dirigé par Moïse Katumbi et membre de la coalition, partage cette position. Son chef de groupe à l’Assemblée nationale, Christian Mwando, a qualifié le projet de « vaste kermesse » qui, selon lui, ne permettra pas de résoudre le conflit dans l’est du pays. Salomon Kalonda, conseiller spécial de Moïse Katumbi, y voit pour sa part une « occasion manquée ».
La mouvance de l’ancien président Joseph Kabila rejette également l’initiative. Ferdinand Kambere, cadre du PPRD, parle d’un « monologue », tandis que Néhémie Mwilanya accuse Félix Tshisekedi de chercher à conserver le contrôle du processus. Franck Diongo, du mouvement Sauvons la RDC, estime même que le pouvoir se retrouverait dans une position paradoxale en étant à la fois organisateur, partie prenante, arbitre et juge du dialogue.
Le projet présidentiel bénéficie toutefois du soutien de plusieurs figures de la majorité. Jean-Pierre Bemba et Vital Kamerhe, membres de l’Union sacrée, ont notamment apporté leur soutien à la démarche. L’UDPS, parti présidentiel, s’est également mobilisée pour défendre le processus.
Les États-Unis plaident eux aussi pour la tenue d’un dialogue, mais insistent sur la nécessité de garantir son caractère inclusif. Massad Boulos, conseiller principal américain pour l’Afrique et impliqué dans les efforts de médiation entre la RDC et le Rwanda, estime qu’un processus « inclusif et constructif » pourrait contribuer à favoriser la paix.
Au-delà des divergences politiques, plusieurs batailles se profilent déjà autour de l’organisation du dialogue. La première concerne les règles et les modalités de participation. Félix Tshisekedi a lancé le processus, mais la présidence conserve pour l’instant la maîtrise de son organisation et de son calendrier.
Une ordonnance doit notamment permettre la création du comité chargé d’organiser les consultations. À l’issue de ses travaux, un nouveau texte devra déterminer les différentes étapes du dialogue, la représentation des participants ainsi que les mécanismes chargés d’assurer le suivi des décisions.
L’opposition réclame de son côté un cadre négocié et des garanties qu’elle juge indispensables pour participer au processus. La composition du comité d’organisation pourrait ainsi devenir un point majeur de confrontation entre le pouvoir et ses adversaires.
La question de la guerre dans l’est du pays constitue également un obstacle important. L’AFC/M23, qui poursuit ses opérations armées, ne pourra pas participer au dialogue national en tant que composante politique tant qu’il reste engagé dans les combats. Les discussions avec ce mouvement sont pour l’instant renvoyées au processus de Doha.
Le dialogue national ne devrait donc pas, à lui seul, permettre de mettre fin aux hostilités dans l’est de la RDC. Pour les prochains mois, l’attention se portera notamment sur la composition du comité d’organisation et sur la capacité du pouvoir à adapter son dispositif afin de convaincre une partie de l’opposition de rejoindre les discussions.
Les prochaines ordonnances présidentielles permettront de savoir si Félix Tshisekedi entend maintenir le cadre actuellement défini ou s’il acceptera d’ouvrir de nouvelles négociations sur les règles et les modalités du dialogue.

