Golfe d’Aden : La piraterie somalienne fait son retour
- redacteur3.0
- septembre 4, 2026
- Actualités, Afrique
- Bureau maritime international, Corne de l’Afrique, golfe d'Aden, Marine nationale, Mica Center, mission Atalante, navires détournés, otages marins, piraterie somalienne, Puntland, sécurité maritime, Somalie
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Six navires détournés depuis la mi-avril et plus de 90 marins pris en otage : la piraterie somalienne connaît un net regain dans le golfe d’Aden. Le phénomène reste loin du pic des années 2010, mais les pirates ont changé de méthodes et profitent d’un redéploiement des forces navales internationales dans la région.
À Brest, au Mica Center, des officiers de la Marine nationale suivent en permanence les incidents maritimes à travers le monde sur de grands écrans. Le 17 juillet dernier, l’Asana, un pétrolier sous pavillon tanzanien, a ainsi été attaqué dans le golfe d’Aden. Selon le capitaine de frégate Emmanuel, commandant du Mica Center, le navire naviguait dans le nord du golfe lorsqu’il a été surpris par des skiffs armés, avant d’être dérouté vers l’est de la Corne de l’Afrique, où les pirates cherchent ensuite à négocier une rançon avec le pays du pavillon. La mission des Français consiste alors à alerter les navires de la zone et à suivre la situation avec leurs partenaires de la mission européenne Atalante.
Des pirates plus mobiles et plus agiles
Ce suivi révèle une évolution des méthodes des pirates, désormais plus mobiles et actifs plus loin des côtes somaliennes. Fin 2025, les tentatives d’arraisonnement visaient surtout des bateaux de pêche et de petites embarcations côtières, potentiellement utilisées comme navires-mères. Depuis début 2026, les pirates s’attaquent à des bâtiments plus lourds — cargos, porte-conteneurs, vraquiers — signe d’une montée en puissance de leurs capacités. Résultat : six navires ont été détournés depuis la mi-avril.
Un vide sécuritaire exploité par les pirates
Cette résurgence s’explique d’abord par la situation fragile du Puntland, dans le nord-est de la Somalie, marquée par la pauvreté, l’instabilité politique et une piraterie restée une activité lucrative.
Mais le redéploiement des marines internationales vers d’autres zones de tension de la région a surtout créé un vide sécuritaire dont profitent les pirates, explique le géographe François Guiziou, chercheur au CNRS. Selon lui, la multiplication des missions du côté d’Ormuz ou en mer Rouge laisse un vide tactique et stratégique, tandis que le retour du trafic maritime et de la pêche dans les eaux somaliennes offre mécaniquement de nouvelles proies aux pirates.
Paradoxalement, la piraterie mondiale est à son niveau le plus bas depuis 1992 : le Bureau maritime international n’a recensé que 38 actes de piraterie et vols à main armée au premier semestre. Mais les pirates somaliens concentrent à eux seuls 94 % des marins pris en otage sur cette période.

