Ghana : Le pari du raffinage local de l’or

Le Ghana interdit, à partir de ce 1er septembre 2026, l’exportation d’or artisanal non raffiné. Le premier producteur d’or du continent veut ainsi renforcer la transformation locale de ses ressources et accroître la valeur créée dans le pays. Mais cette stratégie suscite des réserves chez certains spécialistes.

Les acheteurs agréés par Goldbod, le régulateur ghanéen du secteur aurifère, devront désormais confier l’or artisanal à l’une des quatre raffineries autorisées dans le pays avant de pouvoir l’exporter. Cette mesure marque une nouvelle étape dans la volonté d’Accra de renforcer son contrôle sur le secteur de l’or artisanal et à petite échelle. Selon Goldbod, cette activité a généré près de 11 milliards de dollars en 2025.

La même année, la production issue de l’exploitation artisanale a pour la première fois dépassé celle des grandes mines, atteignant 104 tonnes. Elle a progressé de 63 % en un an, selon la Chambre des mines du Ghana. Le gouvernement veut désormais tirer davantage profit de cette progression en développant le raffinage sur le territoire national. Les acheteurs agréés devront ainsi faire transformer localement l’or avant sa vente à l’étranger.

Une étape importante reste toutefois à franchir pour que l’or raffiné au Ghana puisse être accepté sur les principales places financières internationales : l’obtention de la certification de la London Bullion Market Association (LBMA). Aucune des raffineries ghanéennes ne dispose actuellement de cette certification. Pour le PDG de Goldbod, cette politique doit permettre au pays de mieux valoriser ses ressources. Il estime qu’il est temps de « bâtir une économie durable » en cessant d’exporter les richesses du pays sans davantage de transformation locale.

Mais Bright Simons, chercheur au centre de réflexion Imani à Accra, se montre plus réservé sur l’intérêt économique de cette stratégie. Selon lui, l’or est déjà raffiné jusqu’à un certain niveau avant son exportation et les marges réalisées sur cette activité sont faibles. Le spécialiste rappelle également que le Ghana dispose de raffineries depuis une vingtaine d’années, sans qu’aucune n’ait véritablement réussi à dégager des bénéfices. À ses yeux, imposer davantage de raffinage uniquement pour exporter l’or ne répond donc pas forcément à une logique économique.

Cette analyse remet en question l’idée selon laquelle la transformation locale des matières premières constitue systématiquement une source de valeur ajoutée. Bright Simons estime que la pertinence d’une telle politique dépend notamment de la nature du minerai et du fonctionnement propre à chaque secteur minier.

Le Ghana entend néanmoins poursuivre sa stratégie de transformation locale de l’or, malgré les interrogations sur sa rentabilité et l’absence, pour l’heure, de certification LBMA pour ses raffineries.

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