Face à la recrudescence des attaques terroristes dans la province du Lac, le gouvernement tchadien a examiné un projet de décret visant à instaurer un nouvel état d’urgence dans cette région stratégique du pays. Les autorités veulent renforcer les dispositifs sécuritaires contre les groupes armés actifs autour du bassin du Lac Tchad, alors que les inquiétudes humanitaires demeurent vives.
Le gouvernement tchadien durcit sa réponse sécuritaire
Le Tchad s’apprête à renforcer son arsenal sécuritaire dans la province du Lac, région régulièrement frappée par les violences jihadistes. Réuni en Conseil des ministres sous la présidence du Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, le gouvernement a examiné un projet de décret portant instauration de l’état d’urgence dans cette zone sensible du territoire.
Cette décision intervient dans un contexte marqué par une multiplication des menaces sécuritaires dans le bassin du Lac Tchad, espace frontalier partagé entre le Tchad, le Nigeria, le Niger et le Cameroun. Depuis plusieurs années, cette région reste la cible d’attaques menées par Boko Haram et d’autres groupes affiliés à l’extrémisme violent.
Une province stratégique sous forte pression terroriste
La province du Lac demeure l’un des principaux foyers d’instabilité sécuritaire du pays malgré les nombreuses opérations militaires conduites par l’armée tchadienne. Les autorités estiment que le recours à l’état d’urgence permettra de renforcer le contrôle du territoire et d’améliorer les capacités d’intervention des forces de défense et de sécurité.
Ce régime d’exception pourrait notamment entraîner l’instauration de couvre-feux, des restrictions de circulation, des contrôles renforcés ainsi qu’un encadrement accru des rassemblements publics. L’objectif affiché par N’Djamena est de limiter les déplacements des groupes armés et de prévenir de nouvelles attaques contre les populations civiles.
Le précédent de l’opération “Colère de Bohoma”
La province du Lac a déjà connu plusieurs mesures exceptionnelles ces dernières années. En 2020, après l’attaque meurtrière de Bohoma ayant coûté la vie à des dizaines de soldats tchadiens, les autorités avaient lancé l’opération militaire « Colère de Bohoma » et placé certaines zones sous régime spécial.
Cette nouvelle orientation sécuritaire illustre la volonté du pouvoir tchadien de maintenir une pression constante contre les groupes terroristes opérant dans le Sahel central.
Des inquiétudes sur les libertés publiques
Si les autorités défendent une mesure indispensable pour préserver la stabilité nationale, plusieurs organisations de défense des droits humains redoutent des restrictions excessives des libertés publiques. Des acteurs de la société civile alertent également sur les conséquences humanitaires possibles pour les populations déjà fragilisées par les déplacements forcés et l’insécurité persistante.
Samuel Richard KAKPO