Erevan accélère son virage européen, la Russie en alerte

Réunis à Erevan pour le huitième sommet de la Communauté politique européenne (CPE), près de cinquante dirigeants ont réaffirmé leur ambition de bâtir une souveraineté européenne élargie. Dans ce contexte, le rapprochement assumé de l’Arménie avec l’Europe s’impose comme l’un des marqueurs politiques majeurs du sommet. Le président français Emmanuel Macron a salué un « choix raisonnable », tandis que les tensions avec la Russie s’intensifient.

Un sommet européen sans consensus mais à forte portée géopolitique

Le huitième sommet de la Communauté politique européenne, tenu dans la capitale arménienne Erevan, a réuni une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement autour de défis structurants : guerre en Ukraine, instabilité au Moyen-Orient et recomposition des équilibres transatlantiques.

La présence inédite du Premier ministre canadien Mark Carney a marqué une ouverture symbolique vers des partenaires extra-européens, confirmant l’élargissement progressif du format diplomatique.

Cependant, aucune déclaration commune ni accord formel n’a été adopté à l’issue de cette première journée, révélant les divergences persistantes au sein de l’espace politique européen élargi.

L’Arménie accélère son basculement vers l’Europe

Au centre des discussions, la trajectoire diplomatique de l’Arménie confirme une inflexion stratégique majeure. L’ancien État soviétique poursuit son éloignement progressif de la sphère d’influence russe au profit d’un rapprochement structuré avec l’Union européenne.

La tenue prochaine d’un sommet bilatéral entre Bruxelles et Erevan illustre cette dynamique d’institutionnalisation rapide des relations.

Ce repositionnement intervient dans un climat de fortes tensions avec Moscou, qui envisage de renforcer ses pressions économiques et diplomatiques sur Erevan, dénonçant une réorientation jugée contraire à ses intérêts régionaux.

Macron soutient un « choix de stabilité » pour Erevan

En visite d’État — la première d’un président français en Arménie depuis vingt ans — Emmanuel Macron a multiplié les signaux politiques en faveur du rapprochement arménien avec l’Europe.

Le chef de l’État a estimé que l’Arménie avait « fait le choix de sortir de cette entrave et de se tourner vers l’Europe », qualifiant cette orientation de « seul choix raisonnable » pour assurer la stabilité régionale.

Dans un message plus implicite, il a critiqué l’influence passée de Moscou, affirmant que ce sommet « ne se serait jamais tenu » avec des dirigeants arméniens « sous la main des Russes ».

Paris–Erevan : une relation politique et stratégique renforcée

Au-delà du cadre multilatéral, la visite d’Emmanuel Macron a permis de consolider la relation bilatérale entre la France et l’Arménie.

Le président français a évoqué une relation « faite de passion », nourrie par des liens historiques et culturels profonds, rappelant l’attachement durable de la France à la question arménienne.

Les deux pays doivent prochainement formaliser un partenariat stratégique visant à renforcer leur coopération politique, économique et sécuritaire, dans un contexte de recomposition géopolitique accélérée dans le Caucase.

Une trajectoire européenne sous contrainte géopolitique

Si l’orientation européenne d’Erevan semble désormais affirmée, elle reste exposée à des fragilités structurelles. La pression exercée par la Russie, conjuguée aux incertitudes régionales, place l’Arménie dans une position d’équilibre délicat.

À l’approche d’échéances électorales internes, le pays avance ainsi sur une ligne de crête, entre affirmation souveraine, repositionnement diplomatique et contraintes géopolitiques persistantes.

Samuel Richard KAKPO

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