Ambition maritime : l’Éthiopie part à la conquête de la mer rouge

Le lundi 9 mars, une cérémonie de remise de grades au sein de la marine éthiopienne a attiré l’attention internationale. Pour ce pays enclavé, la promotion d’officiers navals n’est pas qu’une simple formalité militaire, c’est le symbole d’une quête acharnée pour retrouver un accès à l’océan.

Il peut sembler paradoxal de décorer des marins dans une capitale située à plus de 2 300 mètres d’altitude. Pourtant, à Addis-Abeba, la marine dispose désormais d’un état-major ultra-moderne, inauguré en septembre dernier. Ce bâtiment massif incarne la volonté de fer du Premier ministre Abiy Ahmed de ressusciter une force navale disparue depuis 1993, date de l’indépendance de l’Érythrée.

Lors de la cérémonie de lundi, le commandant en chef a salué la « résistance aux défis opérationnels » de ses troupes. Un discours qui souligne la résilience d’un corps d’armée qui, pour l’instant, s’entraîne loin de ses propres côtes. Avec 130 millions d’habitants, l’Éthiopie est le pays enclavé le plus peuplé au monde. Actuellement, son économie dépend quasi exclusivement du port de Djibouti pour son commerce extérieur. Pour Abiy Ahmed, cette situation est intenable. Le dirigeant martèle que l’accès à la mer Rouge est une question « vitale et existentielle » pour la souveraineté éthiopienne.

Un accord avec la France (2019) permet de former les officiers éthiopiens, notamment sur la base française de Djibouti ; Un accord avec la Russie a été signé il y a un an pour développer des capacités navales encore embryonnaires. En 2024, un protocole d’accord controversé a été signé avec le Somaliland pour l’exploitation d’une partie du port de Berbera.

Cette ambition ne va pas sans heurts. En désignant le port d’Assab en Érythrée comme le « port naturel et historique » de l’Éthiopie, Addis-Abeba réveille de vieilles blessures coloniales et territoriales. Avec le manque de moyens et de port d’attache, il faudra encore beaucoup de temps pour créer une marine opérationnelle et efficace », tempère l’analyste Patrick Ferras (spécialiste de la Corne de l’Afrique).

Malgré les uniformes impeccables et les nouveaux grades, la marine éthiopienne reste, pour l’heure, une puissance théorique. Le défi reste immense : transformer une force administrative basée dans les terres en une flotte capable de sécuriser les routes commerciales de la mer Rouge.

Secondine GOZINGAN

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