Cybercriminalité : L’Afrique a subi plus de 5 milliards de dollars de pertes en 2025, selon INTERPOL
- redacteur3.0
- août 5, 2026
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La cybercriminalité a provoqué au moins 5 milliards de dollars de pertes économiques directes en Afrique en 2025, selon le Rapport d’évaluation des cybermenaces en Afrique 2026 publié par INTERPOL. L’organisation internationale met également en garde contre l’usage croissant de l’intelligence artificielle par les cybercriminels, dans un contexte où les capacités techniques et judiciaires des États demeurent limitées.
L’expansion des services numériques sur le continent s’accompagne d’une hausse continue des cyberattaques. Escroqueries en ligne, vols de données, rançongiciels, usurpations d’identité ou encore fraudes financières touchent aussi bien les particuliers que les entreprises et les administrations Publié le 3 août, le rapport estime que les dommages économiques directs liés à la cybercriminalité ont atteint au moins 5 milliards de dollars en 2025. Dans le même temps, les dépenses consacrées à la cybersécurité en Afrique sont évaluées à environ 15,3 milliards de dollars.
INTERPOL précise que cette estimation reste prudente, de nombreuses victimes ne signalant pas les incidents aux autorités. Les pertes officiellement enregistrées sont néanmoins passées de 192 millions de dollars en 2024 à 484 millions de dollars en 2025, tandis que le nombre de victimes identifiées est passé de 35 000 à 87 000. Le rapport, élaboré à partir de données fournies par 36 pays africains membres d’INTERPOL ainsi que par plusieurs partenaires privés spécialisés dans les télécommunications, les paiements et la cybersécurité, décrit une cybercriminalité de plus en plus structurée, transfrontalière et capable de s’adapter rapidement aux dispositifs de sécurité.
Les escroqueries en ligne restent la menace la plus fréquente. Les cybercriminels exploitent principalement les réseaux sociaux, les messageries, les courriers électroniques et les services de paiement mobile afin d’obtenir des informations personnelles, des identifiants ou des données bancaires leur permettant de détourner des fonds.
INTERPOL souligne également la progression des centres organisés d’escroquerie. Selon l’enquête, 72 % des pays interrogés ont signalé la présence de ces structures, particulièrement en Afrique de l’Ouest et en Afrique australe, certaines étant liées à des réseaux criminels internationaux.
L’intelligence artificielle de plus en plus utilisée
L’un des principaux constats du rapport concerne la place grandissante de l’intelligence artificielle dans les activités cybercriminelles. En 2025, cette technologie a été impliquée dans 55 % des affaires recensées, de manière occasionnelle dans 47 % des cas et fréquente dans 8 %.
Les outils d’intelligence artificielle permettent d’automatiser de nombreuses étapes des attaques, depuis l’identification des victimes jusqu’à la rédaction de messages frauduleux personnalisés. Les modèles génératifs facilitent également la création de contenus crédibles dans plusieurs langues, imitant le style d’une administration, d’une banque ou d’une entreprise.
INTERPOL relève aussi une forte augmentation des deepfakes, ces contenus audio ou vidéo générés artificiellement pour usurper l’identité de responsables publics, de dirigeants d’entreprise ou de particuliers. Entre le deuxième et le quatrième trimestre 2024, les incidents liés à cette technologie auraient été multipliés par sept sur le continent.
L’intelligence artificielle est également utilisée pour créer de fausses identités capables de contourner certaines procédures de vérification des clients, personnaliser les campagnes d’hameçonnage et développer des logiciels malveillants plus difficiles à détecter.
Selon INTERPOL, cette évolution permet aux groupes criminels de mener des attaques plus nombreuses, plus rapides et moins coûteuses, alors que les services chargés de les combattre peinent à suivre le rythme.
Des capacités encore limitées face aux cybermenaces
Le rapport met en évidence les difficultés rencontrées par les forces de l’ordre africaines. Près de 94 % des agences interrogées estiment ne pas disposer des outils nécessaires pour réaliser des analyses de criminalistique numérique, tandis que 78 % évoquent un manque de budget, d’équipements et de personnel qualifié.
Seuls 17 % des pays disposent d’unités spécialisées de plus de 100 agents. Dans plusieurs États, les équipes chargées de la lutte contre la cybercriminalité comptent moins de dix personnes, malgré des enquêtes souvent complexes impliquant plusieurs juridictions.
La préparation face aux menaces liées à l’intelligence artificielle reste également insuffisante. Seules 22 % des unités spécialisées disposent de connaissances opérationnelles sur ces technologies, et seulement 8 % des analystes du renseignement possèdent une expertise avancée dans ce domaine.
INTERPOL identifie également la coopération internationale comme un défi majeur. Près de 89 % des agences interrogées considèrent que les difficultés de collaboration entre États ralentissent les enquêtes et compliquent l’identification des auteurs.
L’organisation recommande ainsi de renforcer les unités nationales spécialisées, d’investir dans la formation, d’harmoniser les législations et d’améliorer les échanges d’informations entre les autorités, les banques, les opérateurs de télécommunications et les entreprises technologiques.
Pour INTERPOL, la cybercriminalité constitue désormais une menace majeure pour les économies africaines, la confiance des citoyens et la sécurité des infrastructures essentielles du continent.

