Sénégal : Sonko révèle les raisons profondes de sa rupture avec Diomaye Faye

Élu président de l’Assemblée nationale ce mardi 26 mai 2026, Ousmane Sonko a profité de son discours inaugural pour donner sa lecture de la rupture avec le président Bassirou Diomaye Faye. Entre griefs concrets sur la gouvernance et cadrage philosophique sur l’éthique du pouvoir, l’ancien Premier ministre a présenté son limogeage comme le symptôme d’un désaccord de fond sur l’exercice du pouvoir.

Le déclencheur immédiat avait été identifié dès le 22 mai, lors d’une séance de questions d’actualité à l’Assemblée nationale. Quelques heures avant sa révocation, Sonko avait affiché publiquement son désaccord avec Faye sur la question des fonds politiques, ces enveloppes financières dont disposent la présidence et la primature sans contrôle parlementaire. Il avait révélé que ses services disposaient à ce titre de 1 milliard 770 millions de francs CFA, appelant à leur encadrement sur le modèle de pays comme la France, et non à leur suppression. Il avait également déclaré n’être pas un Premier ministre qui obéit aveuglément. Le décret de révocation avait été lu à la télévision nationale dans la soirée. Selon une source proche du pouvoir, c’est une attitude générale qui avait déplu à Faye, au-delà du seul épisode des fonds politiques.

Le lendemain de son élection au perchoir, Sonko a élevé le débat. Convoquant Aristote et la figure de Mamadou Dia, premier chef de gouvernement du Sénégal indépendant, il a ancré le désaccord sur le terrain de la morale publique, évoquant la fatigue des sociétés dont les institutions cessent de servir les citoyens pour devenir des instruments de confort personnel. Sans nommer le président Faye, il a suggéré que leurs divergences relevaient d’un conflit plus large sur les principes éthiques de la gouvernance.

Les tensions entre les deux hommes s’étaient en réalité accumulées depuis l’automne 2025. En décembre 2025, Sonko avait publiquement annoncé sa candidature à la présidentielle de 2029, se plaçant en concurrence directe avec Faye pour le leadership du camp au pouvoir. En mars 2026, il avait évoqué la possibilité d’une cohabitation douce. Le 2 mai, Faye avait franchi un nouveau seuil en déclarant publiquement qu’il pourrait révoquer son Premier ministre s’il ne lui faisait plus confiance. Parallèlement, le président avait restructuré sa propre coalition en la dotant d’une existence distincte du Pastef, nommant l’ancienne Première ministre Aminata Touré à sa tête.

Le parallèle avec Mamadou Dia, convoqué par Sonko lui-même, n’a pas échappé aux analystes. Plusieurs observateurs ont établi un rapprochement entre les couples Senghor-Dia (1960-1962) et Faye-Sonko (2024-2026), deux configurations de pouvoir bicéphale où la rupture s’est cristallisée au Parlement. La différence est de taille : après son renversement en 1962, Dia avait été emprisonné douze ans. Sonko, lui, se retrouve quatre jours après son limogeage à la tête de l’institution qui l’avait vu défier son chef, fort du soutien d’une majorité parlementaire de 130 députés sur 165 que le Pastef contrôle. La question de la fidélité de cette majorité à Sonko ou à Faye constitue désormais la principale inconnue de la séquence politique qui s’ouvre.

Isaac HOUSSOU

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