Bénin-Niger : L’investiture de Wadagni ouvre-t-elle la voie à un réchauffement ?

La présence d’une délégation nigérienne à la cérémonie d’investiture du président béninois Romuald Wadagni, le 24 mai 2026, a été l’un des moments les plus remarqués de la journée. Conduite par le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine, accompagné de deux ministres dont celui de l’Intérieur Mohamed Toumba, cette délégation a été accueillie par des applaudissements dans la salle. Un signal fort entre deux pays en froid depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 au Niger, dont la frontière avec le Bénin est toujours fermée côté nigérien.

Devant la presse, Ali Mahamane Lamine Zeine a exprimé son optimisme. « Je crois que c’est une nouvelle voie qui s’ouvre. Le plus important c’est de travailler au raffermissement des relations », a-t-il déclaré. Le départ de Patrice Talon, qui cristallisait les tensions avec Niamey, et l’arrivée de Wadagni à la tête du Bénin pourraient-ils amorcer une décrispation que toutes les tentatives précédentes avaient échoué à obtenir ? Le nouveau président béninois a lui-même donné le ton dans son discours d’investiture : « Dans une sous-région confrontée au péril terroriste, nous sommes condamnés à travailler ensemble. »

Les attentes sont fortes des deux côtés d’une frontière fermée depuis bientôt trois ans, qui complique les déplacements des populations et le transport des marchandises, alors que le port de Cotonou demeure le plus accessible depuis le Niger. Gamatié Mahamadou, Secrétaire général de l’Union des travailleurs du transport et assimilés du Niger, résume bien l’état d’esprit général : « De part et d’autre, toutes les populations ont apprécié la visite de la délégation. Les gens ont l’espoir qu’avec la nouvelle équipe gouvernementale du Bénin, les négociations pourront évoluer, parce que cette crise n’arrange personne. » Il rappelle que le port traditionnel du Niger se trouve au Bénin et que la fermeture de la frontière pèse lourdement sur les opérateurs économiques, commerçants, transporteurs et chauffeurs des deux pays.

À Niamey, on relève également avec attention la nomination de Gildas Agonkan au poste de ministre délégué à la Défense dans le nouveau gouvernement béninois. L’intéressé était auparavant ambassadeur du Bénin au Niger, un signal supplémentaire que certains observateurs interprètent comme une main tendue vers le voisin.

Isaac HOUSSOU

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